[Rescape-l] Rectification sur un point et exemple concret
concernant les effets possibles de la lutte "anti-counterfeiting"
Philippe Aigrain
philippe.aigrain at wanadoo.fr
Lun 29 Oct 08:27:18 CET 2007
Une rectification sur un point : la Commission a transmis le mandat de
négociation pour ACTA au comité article 133, mais cela ne signifie pas qu'il
soit adopté. Raison de plus pour en débattre. La base légale décrite
ci-dessous dit qu'une décision du Conseil des ministres est nécessaire pour
le lancement ou la conclusion d'une négociation, mais laisse incertain le
statut d'un mandat de négociation.
Base légale du comité article 133 (après le traité de Nice) :
http://ec.europa.eu/trade/issues/newround/index_en.htm
The legal basis for the EU’s trade policy is Article 133 of the European
Community Treaty. On this basis, the Commission negotiates on behalf of the
Member States, in consultation with a special committee, "the Article 133
Committee". The 133 Committee is composed of representatives from the 27
Member States and the European Commission. Its main function is to coordinate
EU trade policy. The Committee meets on a weekly basis, usually on a Friday
in Brussels at the headquarters of the Council of Ministers. It discusses the
full range of trade policy issues affecting the Community, from the strategic
issues surrounding the launch of rounds of trade negotiations at the WTO to
specific difficulties with the export of individual products, and considers
the trade aspects of wider Community policies in order to ensure consistency
of policy. In this Committee, the Commission presents and secures endorsement
of the Member States on all trade policy issues. The major formal decisions
(for example agreement to launch or conclude negotiations) are then confirmed
by the Council of Ministers.
Une analyse sur indymedia Irlande en 2000 de l'extension du rôle du comité 133
dans le traité de Nice :
http://www.indymedia.ie/article133/
(voir section "démocratic oversight)
Références aux discussions du comité article 133 sur ACTA :
12 janvier 2007 :
http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/07/cm00/cm00060.en07.pdf
2 mars 2007 (seul document précisant aussi "IPR enforcement" et permettant
donc de savoir ce que signifie ACTA)
http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/07/cm00/cm00757.en07.pdf
15 juin 2007 :
http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/07/cm02/cm02105.en07.pdf
21 septembre 2007 :
http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/07/cm03/cm03441.en07.pdf
26 octobre 2007 :
http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/07/cm03/cm03441.en07.pdf
Un exemple concret pour illustrer la façon dont les mesures d'"exécution"
peuvent modifier la portée des droits exclusifs :
L'Office européen des brevets a délivré environ 50000 brevets logiciels dont
la très grande majorité ne survivraient pas à un jugement sur la base de la
Convention européenne des brevets. En l'absence de mesures préventives
anti-contrefaçon, la portée de ces brevets est limitée : peu de litiges se
développent sur leur base, leurs effets nuisibles s'exercent essentiellement
dans les enceintes de normalisation. Voici que surgit soudain une nouvelle
possibilité. Il devient possible de réclamer la saisie préventive des
machines, la saisie des comptes bancaires et l'interdiction d'exercice
d'activité commerciale pour un acteur qui développe une technologie qui
risque de concurrencer un produit propriétaire. Cette démarche sera soumise à
l'avis d'un juge qui ne se prononce pas à l'étape des mesures préventives sur
la validité du brevet mais seulement sur le fait qu'il soit bien détenu par
l'initiateur de la procédure. Bien sûr à l'issue finale de la procédure,
celui-ci devra payer des dommages en cas de procédure abusive. Mais quelle
est le montant de ces dommages : le dépôt de garantie (ou l'assurance) est
constitué sur la base de la valeur d'activité de la partie accusée de
contrefaçon. Fantastique pour une petite société du libre ou 3 développeurs
individuels exerçant en indépendants. Et leur chance de survivre jusqu'à un
jugement au fond est très élevée, il suffit de disposer de quelques centaines
de milliers d'euros (minimum) pour couvrir les frais juridiques et d'être
capables de résister quelques années (IPRED1 ne fait obligation que de
démarrer rapidement la procédure au fond, pas qu'elle se termine rapidement,
et les procédures peuvent être déclenchées sur la base de dizaines de
brevets). Mais bien sûr tout ça est un peu gros, et risque de coûter cher en
termes d'image à l'initiateur de la procédure. Alors scénario bis : finançons
(indirectement bien sûr) un troll en mauvaise santé économique qui fera la
procédure à votre place.
Voilà donc des brevets illégaux et inefficaces transformés en brevets toujours
illégaux mais bien plus efficaces. Notons enfin que si jamais on obtenait de
nouvelles dispositions sur la portée juridictionnelle permettant d'exporter
des décisions d'une juridiction dans une autre (par exemple au titre de la
révision de la convention de La Haye pour y introduire les titres d'IPR), les
possibilités seraient encore plus excitantes pour les acteurs dominants sur
un marché. Mais il ne faut pas rêver tout de suite.
--
Philippe Aigrain (message personnel)
http://paigrain.debatpublic.net
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